L’artère splénique est l’artère de la rate. C’est de loin la localisation la plus fréquente des anévrismes viscéraux, représentant près de 60 % de l’ensemble de ces lésions. Elle touche préférentiellement la femme — avec un ratio femmes/hommes de 4 pour 1 — souvent entre 50 et 70 ans. Plusieurs grossesses, une hypertension portale, une pancréatite chronique ou une dysplasie fibromusculaire en sont les principales causes identifiées, si on retiens un doute de dysplasie des explorations complémentaires sont nécessaires .
Le risque de rupture global est estimé à 2 à 10 % selon les séries, mais atteint jusqu’à 70 % chez la femme enceinte, où la rupture peut mettre simultanément en jeu la vie de la mère et du fœtus. Cette donnée justifie un traitement préventif systématique chez toute femme en âge de procréer, quel que soit le diamètre de l’anévrisme. Chez les autres patients, le seuil d’intervention est généralement fixé à 2 centimètres.
Traitement endovasculaire — résultats et complications
L’embolisation par coïls est le traitement de référence. Le radiologue place des spirales métalliques à l’intérieur du sac anévrismal et de part et d’autre pour exclure la lésion de la circulation (technique dite « sandwich »). Dans certaines configurations anatomiques — collet court, artère droite — un stent couvert peut être préféré, maintenant la perméabilité de l’artère principale tout en excluant le sac. Des agents liquides (colle vasculaire, Onyx®) peuvent compléter l’embolisation dans les sacs complexes ou multilobulés.
Succès technique : supérieur à 95 % dans les grandes séries (Madoff et al., ’Cardiovasc Intervent Radiol’, 2005 ; Piffaretti et al., 2020). Le taux de reperfusion du sac à distance est de l’ordre de 3 à 8 %, justifiant une surveillance échographique annuelle.
Nécrose splénique : l’embolisation de l’artère splénique peut entraîner un infarctus partiel ou total de la rate. Un infarctus splénique partiel asymptomatique est observé dans 12 à 32 % des cas selon la technique et l’étendue de l’embolisation. La nécrose totale symptomatique (douleur, fièvre, absès splénique) est plus rare, survenant dans 2 à 5 % des cas. Elle est favorisée par une embolisation trop distale ou une embolisation bilatérale des branches tertiaires, d’où l’importance de la technique de positionnement des coïls.
Conversion chirurgicale : une conversion vers la chirurgie ouverte (spénectomie ou résection vasculaire) est nécessaire dans 3 à 7 % des cas pour les séries publiées (Pulli et al., ’J Vasc Surg’, 2006). Les causes principales sont un échec technique par anatomie défavorable, une reperfusion précoce post-embolisation avec menace de rupture, ou une nécrose splénique symptomatique non résolutive. La mortalité de la chirurgie régleetee pour anévrisme splénique est inférieure à 1 %, mais atteint 10 à 40 % en cas de rupture sur table.
Syndrome post-embolisation : une douleur abdominale gauche, une fièvre modérée et une asthénie dans les 24 à 72 heures sont observées dans 30 à 50 % des cas. Ce syndrome est attendu, transitoire et géré par des antalgiques et une surveillance clinique courte. Il ne doit pas être confondu avec une complication vraie.