Spine Jack® : Restauration de la hauteur vertébrale par implant expansible

La vertébroplastie et la cimentoplastie stabilisent une vertèbre fracturée et soulagent la douleur. Mais elles ne corrigent pas la déformation : le tassement reste en place, et avec lui la perte de hauteur et l’hypercyphose que le corps vertébral effondre impose à la colonne. Pour les patients chez lesquels la restauration de l’architecture vertébrale est un objectif thérapeutique à part entière, le Spine Jack® apporte une réponse différente : un implant métallique expansible qui, une fois déployé à l’intérieur du corps vertébral, réduit activement le tassement avant que le ciment ne vienne verrouiller le résultat.

Contrairement aux ballonnets de la cyphoplastie, le Spine Jack® agit par déploiement mécanique direct sur les plateaux vertébraux, avec une force de distraction contrôlée. Il crée une cavité centrale dans l’os spongieux, corrige l’angulation cyphotique et rétablit une hauteur vertébrale proche de la normale, avant l’injection du ciment qui solidifie définitivement la position obtenue.

La procédure est réalisée sous anesthésie locale + sédation dans une salle d’angiographie dédiée combinant fluoroscopie et scanner, dans un cadre d’asepsie norme ISO 5, en ambulatoire ou avec une très courte hospitalisation. Elle s’adresse à des patients sélectionnés pour lesquels la correction de la déformation représente un enjeu fonctionnel et éventuellement neurologique.

1. Pourquoi la hauteur vertébrale compte : les conséquences du tassement non corrigé

Lorsqu’une vertèbre s’effondre, elle perd de la hauteur à sa partie antérieure ou centrale. Ce tassement modifie l’équilibre sagittal de la colonne en augmentant la courbure thoracique — la cyphose — au-delà de ses valeurs normales. Stabilisé par la vertébroplastie simple, ce tassement est certes douloureux à court terme mais laisse la déformation en place.

Or les conséquences d’une hypercyphose progressive ne sont pas uniquement esthétiques. Elles sont fonctionnelles et parfois neurologiques :

  • Surcharge des niveaux adjacents : chaque vertèbre tassée et non corrigée reporte des contraintes anormales sur les niveaux sus et sous-jacents, augmentant le risque de nouvelle fracture. Les études épidémiologiques ont montré qu’une première fracture vertébrale multiplie par cinq le risque de fracture ultérieure au niveau adjacent dans l’année suivante.
  • Déséquilibre sagittal chronique : l’hypercyphose oblige le patient à une compensation posturale permanente des segments sous-jacents (hyperlordose lombaire), source de douleurs chroniques et de fatigue musculaire para-vertébrale.
  • Réduction du volume thoracique : dans les tassements dorsaux multiples, l’effondrement cumulatif réduit la capacité respiratoire et contribue à l’altération de la fonction ventilatoire, particulièrement chez les patients âgés.
  • Risque de souffrance médullaire : dans les tassements importants avec recul du mur postérieur, un fragment osseux peut réduire le canal rachidien. La correction de la déformation permet dans certains cas de réduire ce recul et de libérer partiellement le canal.

La restauration de la hauteur vertébrale n’est donc pas un objectif esthétique : c’est un objectif fonctionnel et préventif, qui prend toute son importance dans les fractures récentes où l’os n’est pas encore consolidé en position de tassement.

2. Le Spine Jack® : principe et différence avec la cyphoplastie par ballonnet

Le Spine Jack® est un implant métallique biarticulé fabriqué en titane, conçu pour être introduit en position fermée (profil plat) dans le corps vertébral, puis déployé par un mécanisme en « ciseaux » qui écarte ses deux bras de façon symétrique. Ce déploiement exerce une pression directe sur les deux plateaux vertébraux — supérieur et inférieur — les repoussant progressivement vers leur position anatomique d’origine.

La différence fondamentale avec la cyphoplastie par ballonnet réside dans le mode d’action :

  • Le ballonnet de cyphoplastie gonfle dans l’os spongieux pour créer une cavité, mais exerce une force de distraction radiale, moins spécifique. Il est retiré avant l’injection du ciment, laissant la cavité vide se remplir de ciment sous basse pression.
  • Le Spine Jack® reste en place dans le corps vertébral après déploiement. L’implant est permanent ; il est inclus dans le ciment injecté qui vient combler l’espace créé et solidariser l’ensemble. La force de distraction est exercée de façon axiale, directement sur les plateaux, ce qui permet une correction plus contrôlée et plus spécifique de l’angle kyphotique.

Les données de la littérature, notamment l’étude prospective multicentrique de Noriega et al. (European Spine Journal, 2015) et les résultats de la série française de Pesenti et al., confirment que le Spine Jack® permet une restauration de hauteur vertébrale supérieure en moyenne de 30 à 40 % à celle obtenue par vertébroplastie simple, avec un maintien de la correction à 12 mois et une réduction de l’angle cyphotique segmentaire statistiquement significative.

3. Indications : quand le Spine Jack® est-il préféré à la vertébroplastie simple ?

Le Spine Jack® n’est pas une alternative systématique à la vertébroplastie : il s’adresse à des situations spécifiques dans lesquelles la correction de la déformation représente un objectif supplémentaire justifiant une technique plus complexe.

Fractures ostéoporotiques avec tassement significatif

La fracture ostéoporotique avec perte de hauteur antérieure supérieure à 30 à 40 % de la hauteur initiale, ou avec un angle cyphotique local dépassant 15 à 20°, constitue l’indication élective. La fracture doit être récente — idéalement moins de six semaines, car l’os spongieux non consolidé est encore réductible : le déploiement de l’implant peut alors restaurer une hauteur proche de l’anatomie normale. Passé ce délai, la consolidation progressive du cal osseux réduit la réductibilité et donc l’amplitude de correction obtenue.

Fractures avec vide intra-vertébral (maladie de Kümmell)

La maladie de Kümmell, ou nécrose avasculaire post-traumatique du corps vertébral, se caractérise par la formation d’une cavité gazeuse ou liquidienne intra-vertébrale, visible à l’imagerie, au sein d’une vertèbre dont l’effondrement progressif peut être spectaculaire. Le Spine Jack® est particulièrement adapté à cette indication : la cavité préexistante facilite le déploiement de l’implant, et la réductibilité de la déformation est souvent bonne tant que la vertèbre ne s’est pas effondrée en position irréductible.

Tassements traumatiques stables chez le patient jeune

Dans certaines fractures traumatiques stables de type burst partiel ou fracture en compression chez un patient jeune dont le capital osseux est préservé, la restauration de la hauteur vertébrale représente un enjeu fonctionnel à long terme. Le Spine Jack® peut être envisagé lorsque la fracture nécessite une stabilisation mais que la chirurgie ouverte est jugée excessive ou refusée par le patient. La décision est nécessairement prise en concertation multidisciplinaire avec l’équipe neurochirurgicale ou orthopédique.

Fractures oncologiques avec indication de restauration morphologique

Dans de rares cas de métastases vertébrales ou de localisation myélomateuse avec tassement important et pronostic de survie favorable, la correction de la déformation peut avoir un intérêt fonctionnel réel. L’indication est discutée en concertation oncologique et reste réservée aux patients dont l’état général et l’espérance de vie justifient un geste plus élaboré.

4. Le déroulement de la procédure

La pose du Spine Jack® est réalisée dans la salle d’angiographie dédiée combinant fluoroscopie et scanner, dans un cadre d’asepsie norme ISO 5. Le double guidage est indispensable : la fluoroscopie assure le suivi en temps réel du déploiement de l’implant et de la diffusion du ciment ; le scanner permet un repérage anatomique précis avant l’abord et un contrôle de résultat immédiat en fin de geste.

  • Positionnement et repérage : le patient est installé en procubitus. Le niveau à traiter est précisément repéré sur les images préopératoires (IRM et scanner). Le choix de la voie d’abord — transpédiculaire bilatérale dans la grande majorité des cas — est planifié en fonction de la morphologie vertébrale et de la localisation de la fracture.
  • Anesthésie locale : infiltration précise du plan cutané et des tissus profonds jusqu’au pédiculaire. Une sédation consciente peut être associée selon la tolérance du patient et la durée prévisible du geste.
  • Introduction bilatérale des trocarts : deux trocarts de travail sont introduits par voie transpédiculaire des deux côtés de la vertèbre, positionnés dans le corps vertébral sous guidage continu. La symétrie du positionnement conditionne la qualité de la correction obtenue.
  • Déploiement des implants : un Spine Jack® est introduit de chaque côté. Chaque implant est déployé progressivement par rotation du mandrin, sous contrôle radioscopique de face et de profil. La restauration de hauteur est suivie en temps réel ; le déploiement est ajusté selon la réductibilité de la fracture et la correction obtenue.
  • Injection du ciment : une fois la position de correction satisfaisante obtenue et vérifiée, le ciment acrylique est injecté sous contrôle radioscopique continu, en petites quantités successives, jusqu’à obtention d’un remplissage péri-implantaire et dans le corps vertébral. Le ciment englobe les implants et solidarise l’ensemble après durcissement.
  • Contrôle final et surveillance : un scanner de contrôle immédiat vérifie la position des implants, le remplissage cimentaire et l’absence de fuite. Le patient reste en surveillance quelques heures avant le retour à domicile ou une nuit d’hospitalisation selon le contexte.
5. Résultats et données de la littérature

L’efficacité clinique du Spine Jack® est documentée par plusieurs séries prospectives et rétrospectives. Noriega et al. (European Spine Journal, 2015) ont rapporté, sur une série de 100 patients avec fractures ostéoporotiques, une restauration de la hauteur antérieure moyenne de 5,8 mm et une réduction de l’angle kyphotique local de 7,2° en moyenne, maintenues à 12 mois avec une perte de correction négligeable.

La réduction de la douleur est comparable à celle de la vertébroplastie sur les critères EVA à court terme. Le bénéfice supplémentaire du Spine Jack® réside dans sa capacité à réduire l’incidence des fractures adjacentes à moyen terme : en restaurant un équilibre sagittal plus proche de la normale, il réduit les contraintes anormales sur les niveaux contigus. Cette hypothèse, soutenue par les données biomcéaniques, est confirmée dans plusieurs séries avec une réduction de l’incidence de refracture au niveau adjacent de l’ordre de 30 à 40 % par rapport à la vertébroplastie seule (Klezl et al., 2014).

Il faut être clair sur les limites : le Spine Jack® ne rétablit pas systématiquement une hauteur vertébrale normale. La correction obtenue dépend de la réductibilité résiduelle de la fracture au moment de l’intervention. Une fracture consolidée depuis plusieurs mois en position de tassement ne sera que partiellement ou pas du tout réductible, et la vertébroplastie simple est alors suffisante. La sélection précoce des patients — idéalement dans les six premières semaines après la fracture — est déterminante.

Spine Jack® : Restauration de la hauteur vertébrale par implant expansible